mis à jour le · 2026-08-07

Demandes payantes en club : faut-il l'accord du patron ?

En général oui : prendre des demandes de morceaux payantes dans un club qui n'est pas le tien relève du contrat, pas de la loi. Ce qui t'engage, c'est ton contrat de résidence — une clause d'exclusivité, une interdiction de vendre sur place ou une clause attribuant au lieu tout revenu réalisé dans l'établissement suffit à transformer un système de demandes en manquement. La redevance qui rend la musique légale dans la salle est celle de l'exploitant, pas la tienne, et elle ne dépend pas de qui a choisi le morceau. Le vrai risque n'est pas un procès : c'est un gérant qui découvre que de l'argent circule chez lui sans lui. Obtiens un accord écrit avant d'afficher le premier QR code, présente-le comme un outil de gestion de la cabine, et ajoute une clause pour que personne ne rabote ton cachet plus tard. Cette page est une information générale, pas un conseil juridique.

Tout ce qu'on lit sur le sujet le traite comme un problème juridique. Ça n'en est pas vraiment un. Ce qui bloque un résident, c'est une image de deux secondes : le gérant qui débarque en cabine un samedi et demande pourquoi des gens te paient chez lui. La peur est rationnelle — un résident qui agace un gérant ne perd pas une soirée, il perd la résidence.

Donc : un argumentaire, les quatre objections que tu vas entendre, et une clause à coller dans un contrat. Rien de tout ça n'est un conseil juridique — les règles changent d'un pays à l'autre, et une clause de contrat se fait relire par quelqu'un de compétent là où tu joues.

Est-ce que la loi t'oblige à demander l'accord du gérant ?

Deux choses t'engagent, et aucune n'est un texte de loi.

La première, c'est ton contrat. Cherches-y une clause d'exclusivité, une interdiction de vendre ou de démarcher dans l'établissement, ou une clause attribuant au lieu tout revenu réalisé sur place. Si l'une des trois existe, un système de demandes payantes peut constituer un manquement, et il te faut un accord écrit.

La seconde, c'est que la plupart des résidences tournent sans contrat : un accord oral, une facture d'auto-entrepreneur ou un cachet. Ça ressemble à de la liberté, mais les conditions deviennent ce que le gérant se souvient d'avoir accepté. Envoie un mail, fais-toi répondre, deux lignes suffisent.

Sur les droits : la redevance concerne l'exploitant, pas toi, et elle ne dépend pas de la façon dont un morceau arrive dans ton set. Le portail entreprendre.service-public.gouv.fr est clair — l'établissement doit demander une autorisation préalable de diffusion publique à la Sacem, et reçoit ensuite une facture Sacem et une facture Spré. Même logique pour une association qui organise une soirée, comme le rappelle associations.gouv.fr : c'est l'organisateur qui sollicite l'autorisation et verse la rémunération. Vérifie quand même auprès de ta délégation régionale : te planter là-dessus devant ton gérant, c'est perdre la conversation.

De quoi le gérant a-t-il vraiment peur ?

Pas d'un procès. D'une engueulade au bar qu'il devra arbitrer, d'un avis Google qui cite son établissement, et du soupçon que tu as trouvé chez lui un flux d'argent auquel il n'est pas associé. C'est ce dernier point le vrai frein, et c'est pour ça que l'argumentaire ci-dessous ne parle que de ce que lui y gagne.

Comment lui présenter ça en une minute ?

Pas à une heure du matin un samedi. En semaine, de jour, pendant qu'il fait ses stocks.

« Je veux faire passer les demandes de morceaux par mon téléphone au lieu que les gens se penchent dans la cabine. Quatre choses que ça change pour toi.

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Un — plus personne dans la cabine. Ils scannent un code, ça arrive sur mon tel. Tes videurs arrêtent de faire la police des demandes.

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Deux — c'est moi qui choisis. Je refuse tout ce qui vide la piste, et un refus ne coûte rien au client : pas de discussion sur un remboursement à ton bar.

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Trois — ça ne te coûte rien. Pas de matériel, pas de compte, rien dans ta caisse, pas de temps de personnel, pas de redevance en plus.

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Quatre — je pense que quelqu'un qui a payé pour entendre un morceau reste jusqu'à ce qu'il l'entende. Ça, c'est ta dernière heure, pas la mienne.

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Deux semaines d'essai. Si le chiffre baisse, si la piste se vide, ou si tu as une seule remarque qui te déplaît, j'arrête et on n'en reparle jamais. »

Attention au point quatre : aucune étude publiée ne mesure l'effet des demandes payantes sur le temps de présence ou le panier moyen. Présente-le comme une conviction, pas comme un fait, et laisse les deux semaines d'essai trancher avec ses chiffres à lui.

L'essai avec droit d'arrêt immédiat, c'est la pièce qui porte tout : un gérant dit non à un engagement définitif et oui à un test réversible.

Quelles sont les quatre objections, et que répondre ?

Ce qu'il te ditCe que tu réponds
« Tu fais payer mes clients deux fois. »Personne ne paie pour entrer dans le système. C'est facultatif, c'est une fraction d'une tournée, et ça remplace le billet qu'on glissait déjà dans la cabine. Si ça donne l'impression d'une deuxième caisse, c'est le tarif ou l'affichage qui est mal calé — on corrige ça, pas le principe.
« T'es payé pour faire ton taf. »Le taf ne change pas : le cachet couvre le set. Une demande payante, c'est un client qui achète une place dans une file d'attente que je continue de contrôler. Si tu préfères que je refuse tout, je refuse tout — mais ils demanderont quand même, dans la cabine au lieu de leur téléphone.
« Ça va foutre le bordel au bar. »Ça l'enlève. Aujourd'hui la discussion se passe en face à face, dans le noir, à côté de la table, avec quelqu'un qui a bu. Sur un téléphone, un refus c'est une notification. Et avec une autorisation bancaire, il n'y a pas d'argent sur lequel s'engueuler : rien n'a été prélevé.
« Et si on te demande un morceau qui vide la piste ? »Je refuse. Et si c'est limite mais que je veux tenter, Digital DJ Tips donne le vieux truc : ouvrir le micro et citer la personne qui a demandé le morceau avant de le lancer, pour qu'il soit clair que ce n'est pas ton idée.

Cette même page contient la phrase qui démonte le « le DJ n'a qu'à gérer » : « you really shouldn't have to take abuse – so speak to the venue before you play about what to do if people are hassling you too much » — en clair, tu n'as pas à encaisser les insultes, alors mets-toi d'accord avec le lieu avant de jouer sur la conduite à tenir si le public devient trop lourd. La gestion des demandes a toujours été une conversation avec le lieu. Une couche de paiement ne la crée pas, elle la formalise.

Sois honnête sur l'autre camp. Sur Our DJ Talk, quand un service de demandes payantes a été présenté à des DJ en activité, l'accueil a été froid : un intervenant a demandé si ça ne revenait pas à transformer le DJ en juke-box TouchTunes à peine plus sélectif. Et un autre a posé exactement la question de cette page : « Any owners have a problem with the DJ they are paying charging for requests? » — est-ce que des patrons ont un problème avec le fait que le DJ qu'ils paient fasse payer les demandes ? Personne n'y a répondu dans le fil.

Le club peut-il prendre une part ?

Pars du principe que la question va tomber, parce que la musique live a déjà une réponse installée et elle n'est pas jolie.

Les salles qui prélèvent un pourcentage sur le merch des artistes, c'est courant au Royaume-Uni. Quand la Featured Artists Coalition y a lancé son annuaire 100% Venues pour lister celles qui ne le font pas, NME rapportait plus de 400 salles inscrites, dans un marché où les prestataires externalisés prennent « 25 per cent plus VAT » (25 % plus TVA) et où certaines salles réclamaient jusqu'à 45 %. C'est ce précédent qu'un gérant a en tête. Côté DJ, aucune norme : sur les forums Serato, ceux qui défendaient l'inverse — un pourcentage sur le bar pour le monde qu'ils ramènent — se sont fait répondre que « 9 out of 10 bars will tell you to go F yourself », neuf bars sur dix t'enverront balader.

Ta position juridique est faible, ne t'appuie pas dessus. Les protections sur les pourboires sont écrites pour les salariés : au Royaume-Uni, l'Employment (Allocation of Tips) Act 2023 impose à l'employeur de répartir équitablement les pourboires entre ses travailleurs et couvre les intérimaires éligibles, mais pas les prestataires réellement indépendants. Un auto-entrepreneur est dehors : tu négocies, tu ne fais pas valoir un droit.

Alors propose autre chose que du pourcentage.

  • Une soirée à ton nom, que tu promeus, avec tes chiffres derrière.
  • Un set rallongé au même cachet si le flux de demandes tient la salle.
  • L'accès aux stats : ce qui a été demandé, ce qui a été refusé. De la donnée de programmation utile pour lui.
  • Une révision du cachet à six mois, indexée sur son chiffre, pas sur tes demandes.

Dis non une fois, clairement, et sers-toi de l'argument comptable plutôt que du moral : une part sur de l'argent qui ne passe jamais par sa caisse doit être facturée quelque part. Soit il te facture une commission, soit ton cachet baisse.

Quelle clause mettre dans ton contrat de résidence ?

Ce qui suit est un point de départ rédigé pour être lisible, pas un document validé par un juriste. À adapter, puis à faire relire par quelqu'un de compétent. Volontairement ennuyeux : les clauses ennuyeuses se signent.

Demandes de morceaux du public. Le DJ est autorisé à exploiter, pendant ses prestations, un service de demandes de morceaux à destination du public, accessible par QR code ou lien affiché à proximité de la cabine.

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1. Choix artistique. Le DJ conserve seul la décision de jouer ou non un morceau demandé. L'Établissement peut à tout moment transmettre une liste de titres, artistes ou genres à ne pas diffuser ; le DJ s'y conforme.

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2. Absence de coût et de responsabilité pour l'Établissement. Le service est contracté entre le DJ et son prestataire. L'Établissement n'encaisse aucune somme, ne détient aucune donnée de client et n'exploite aucune partie du service. Les remboursements, impayés et réclamations liés aux demandes relèvent de la seule responsabilité du DJ.

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3. Affichage. L'affichage est limité à [un chevalet A5 en cabine / un écran], emplacement et visuel soumis à l'accord préalable de l'Établissement.

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4. Revenus. Les sommes issues des demandes reviennent au DJ, sont distinctes du cachet prévu à l'article [X] et ne donnent lieu à aucun reversement à l'Établissement.

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5. Sans effet sur le cachet. L'exploitation du service ne réduit, ne compense ni ne modifie le cachet prévu à l'article [X], ni immédiatement, ni lors d'une révision ultérieure.

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6. Suspension. L'Établissement peut suspendre le service pour une soirée donnée à sa discrétion, et définitivement moyennant un préavis écrit de [14] jours, sans que cela affecte les autres stipulations du contrat.

L'article 5 est celui qui compte : sans lui, la première renégociation devient « bon, maintenant tu te fais de l'argent sur les demandes ». L'article 6 est ce qui permet au gérant de signer les cinq autres sans se sentir piégé.

Concrètement, ça donne quoi en soirée ?

La seule mécanique défendable devant un gérant, c'est celle où refuser ne coûte rien : la carte est autorisée, pas débitée, et l'autorisation est annulée si tu dis non. Stripe documente ça sous le nom de capture manuelle — autoriser bloque les fonds sur le moyen de paiement sans les prélever, et si l'autorisation n'est jamais capturée, la mise en réserve est levée et le paiement passe à l'état annulé. Rien n'a bougé, donc il n'y a rien à rembourser. Un remboursement, lui, peut prendre plusieurs jours et se règle à son bar. Une autorisation libérée, non.

REQ est un outil construit sur ce principe. Le clubber scanne un QR code, arrive sur une page web sans rien à installer, cherche son morceau, choisit un montant et paie. Le DJ reçoit une notification push et accepte ou refuse depuis son téléphone : s'il accepte, l'autorisation est capturée ; s'il refuse ou laisse passer le délai, elle est annulée. Il peut aussi accepter gratuitement — jouer le morceau et annuler l'autorisation. REQ prend 20 % des demandes acceptées, frais Stripe inclus, et les 80 % du DJ arrivent sur son solde Stripe Connect à la capture, le virement bancaire suivant ensuite le calendrier de Stripe.

Ses limites : REQ est en bêta, l'app DJ n'existe que sur iOS avec Android en préparation, et il n'y a aucune intégration Serato, rekordbox ou Traktor — c'est un téléphone à côté de ton matos, pas un plugin. Et 20 % par transaction reste un modèle au pourcentage : un résident à cinq soirées par semaine a intérêt à faire le calcul face à un abonnement fixe.

Quel que soit l'outil, vérifie une chose avant de le montrer à un gérant : est-ce que le client est débité avant que tu acceptes ? Si oui, chaque refus devient un remboursement, et chaque remboursement une discussion à son bar. C'est cette version-là qui fait perdre des résidences.

Questions fréquentes

Faut-il l'accord du gérant pour prendre des demandes de morceaux payantes en club ?

En pratique oui, et ce qui l'impose est ton contrat plutôt qu'un texte de loi. Beaucoup de contrats de résidence contiennent une clause d'exclusivité, une interdiction de commercialiser quoi que ce soit dans l'établissement, ou une clause attribuant au lieu tout revenu généré sur place : un système de demandes payantes peut heurter les trois. Relis ton contrat avant de commencer. Si tu n'en as pas, envoie un mail décrivant ce que tu comptes faire et fais-toi répondre par écrit — un accord oral avec un gérant qui part dans six mois ne vaut rien. Information générale, pas un conseil juridique.

Un club peut-il prendre un pourcentage sur les pourboires ou les demandes payantes d'un DJ ?

Un DJ indépendant est très peu protégé sur ce terrain : tout se joue à la négociation. Les protections légales sur les pourboires visent en général les salariés. Au Royaume-Uni, l'Employment (Allocation of Tips) Act 2023 impose à l'employeur de répartir équitablement les pourboires entre ses travailleurs et couvre les intérimaires éligibles, mais un véritable prestataire indépendant qui facture une soirée sort de ce cadre. En France, un auto-entrepreneur négocie, il ne fait pas valoir un droit — et toute part reversée au lieu doit être facturée pour exister comptablement. Les règles varient d'un pays à l'autre : vérifie les tiennes.

Les demandes payantes créent-elles une obligation Sacem supplémentaire pour le club ?

Facturer une demande ne change pas qui diffuse la musique en public : c'est l'établissement, et c'est lui le redevable. Le portail officiel entreprendre.service-public.gouv.fr indique que l'exploitant doit demander une autorisation préalable de diffusion publique à la Sacem, et qu'il reçoit ensuite une facture Sacem et une facture Spré. Vérifie tout de même auprès de ta délégation régionale Sacem avant de l'affirmer devant un gérant : se tromper là-dessus devant lui fait tomber toute la discussion.

Que devient l'argent du client si le DJ refuse une demande payante ?

Cela dépend de la mécanique du service, et c'est le point le plus important à vérifier avant de montrer un outil à un gérant. Un système qui débite la carte tout de suite doit rembourser quand le DJ refuse, ce qui prend du temps et génère des discussions au bar. Un système bâti sur une autorisation bancaire — Stripe appelle ça la capture manuelle — bloque les fonds sans les prélever : annuler un paiement non capturé libère le blocage, rien n'est débité et aucun remboursement n'est jamais émis.

Un club peut-il interdire purement et simplement les demandes payantes ?

Oui. L'exploitant fixe les conditions dans lesquelles tu joues chez lui, y compris l'interdiction d'un système de demandes, d'un affichage en cabine ou du téléphone pendant le set. C'est pour ça qu'il vaut mieux proposer une période d'essai avec un droit d'arrêt immédiat plutôt que de demander une autorisation illimitée : un gérant qui sait qu'il peut couper du jour au lendemain dit oui beaucoup plus souvent.

Sources

  1. 01Diffuser de la musique dans un commerce (Sacem) — entreprendre.service-public.gouv.fr
  2. 02La Sacem et la diffusion d'œuvres musicales — associations.gouv.fr
  3. 03How To Handle Requests When DJing — Digital DJ Tips
  4. 04Digital Song Request Service - DJ's Get Paid! — forum Our DJ Talk
  5. 05Why a DJ should get a percentage of the bar profits — forum Serato
  6. 06Hundreds of venues sign up to not take cut of artists' merchandise sales — NME, 4 août 2022
  7. 07Employment (Allocation of Tips) Act 2023 — legislation.gov.uk
  8. 08Bloquer une somme d'argent sur un moyen de paiement — documentation Stripe